La voie de Dieu est ce fleuve sans gué : qui la croise doit se mouiller.

Exil

Te sachant résider en mon sein, en mon sang,
Je ne crains de souffrir l’exil des amants !
Il est des gens au gré de mon amour ardent,
Les autres ne sont point au nombre des vivants !

Ibn Al-Fârid (poète soufi égyptien mort en 1235)

Confluence des deux mers

« Il a fait confluer les deux mers » La première est la mer de la Hylé (matière première), laquelle est matérielle. C’est la mer salée et amère. La seconde est la mer de l’esprit pur, laquelle est douce et fraîche. « Elles se rencontrent. » En l’existence de l’homme. « Il y a entre elles un Isthme. » C’est l’âme de vie (ou animale), laquelle n’a ni la pureté et la subtilité des esprits purs, ni l’impureté et la grossièreté des corps. « Elle ne le franchissent pas. » L’une n’empiète pas sur l’autre lui imposant ses caractéristiques : l’esprit ne rend pas le corps subtil en se mêlant à lui et en lui transmettant sa nature ; et le corps ne fige pas l’esprit en le rendant matériel. Exalté soit le Façonneur de la création, agissant selon Sa volonté.

« Il sort des deux », par leur composition et leur rencontre « les perles » des sciences synthétiques (ou globales) et « le corail » des science analytiques (ou particulières). C’est-à-dire les réalités spirituelles et la gnose pour le premier ; et les sciences utiles comme la morale ou la juste conduite pour le second. (Tafsîr Qâshânî 55, 19-22)

Vision de Dieu

Dieu a dit: « Ce jour, là, des visages seront radieux, [affairées] à regarder leur Seigneur. » Quiconque meurt en son amour obtient Sa vision en rançon ! La récompense des oeuvre est le Paradis ; et la récompense de l’unicité la vue du Vrai (ou du Réel) exalté soit-Il.

Tafsîr Al-Tustarî

Divin convive

Nous perçûmes au loin, d’un feu, l’onde éthérée.
Là était l’être cher, l’aimé, le désiré !
Par ses soins accueilli, abreuvés, vivifiés,
Nous fûmes enivrés par ses civilités.
Son vin prêtait serment de ne servir toujours,
Que les amants loyaux et de sincère amour.
Le coupant de piété, nos forcîmes nos cœurs.
Ah ! ce mélange insigne, de scrupule et d’ardeur !
Clairvoyants avinés, en ce ravissement,
La cape des honneurs, nous traînions, suffisants !
Mais nous en dîmes trop, nous fumes condamnés !
Tuera-t-on qui trahis le secret de l’aimé ?
Il est vrai qu’au regard des hommes magnanimes,
Les secrets sont autant de dépôts de confiance.
Mais, transporté, pâmé, par un cru sublissime,
Qui donc est assez fort pour dominer ses sens?

Sohrawardi (Shihâb al-Dîn)

Vin

 

Jalousie

La haine est éligible à muer en amour,

Sauf en la jalousie, son mal est sans recours !

 
 

Imam Shâfi’i (recueil de poèmes)

De l’âme à l’esprit

Dieu jure conjointement par l’âme repentante et par le jour du jugement du fait que les deux ont en partage un statut éminent. De fait, l’âme repentante est plus éminente aux yeux de Dieu, parce qu’elle blâme l’individu pour ses méfaits, puis elle lui inspire la bienfaisance et les sciences de divine essence. Elle est à son terme apaisée par la contemplation du Vrai libre d’intermédiaire. Mieux, c’est de Dieu qu’elle induit tout le reste, car elle ne voit que Lui. Elle revient alors à son origine et renvoie les choses à leur source première, c’est-à-dire l’éternité. Si bien que le contingent se dissipe à ses yeux au profit du seul Immuable, Lequel ne cessa jamais d’être Immuable. Les âmes sont ainsi au nombre de quatre : L’âme instigatrice du mal, l’âme repentante, l’âme inspirée et l’âme apaisée. Mais elles ne sont en réalité qu’une seule et même âme qui transite d’un état à l’autre, selon qu’elle se revêt ou se dévêt, s’élève ou s’abaisse. Son origine n’est autre que l’esprit. Mais du fait de son assombrissement, elle est appelée tantôt âme instigatrice du mal, tantôt âme repentante, âme inspirée ou âme apaisée.

Tafsîr Ibn ‘Ajîba (sourate al-qiyâma)

Amante

 

Qui saura m’introduire auprès de mon amante ?
Ah ! Ce fluet roseau de sa taille ondoyante !
Les chiens de garde, hélas, menacent le secret :
Ici le médisant et là-bas l’indiscret !
Si d’un rang monacal l’église l’investit,
Permettez que mon corps soit pour elle l’hostie !
Et puis si son sourcil arqué darde une grâce,
Je veux être à côté, là où sa flèche passe !

 
 Sohrawardi (Shihâb al-Dîn)
roseau

Morsure

Lorsque la lueur sourd et que surgit le jour…
Je vous pleure. Je larmoie, vous dédiant mon amour !
Au foie elle m’a mordue, la passion, la vipère !
Nul ne peut conjurer ou bien soigner l’ulcère,
Si ce n’est Elle. Ah! Elle ! Celle qui m’ensorcelle.
Elle est la panacée : le soin universel !

Sohrawardî (Shihâb al-Dîn)

Frontière des ombres 

« Tends à la rectitude comme il te l’a été ordonné. » (Coran, 11:112) Il s’agit là d’une parole synthétique affairant à la doctrine autant qu’à l’éthique […] Il est évident que demeurer dans une attitude de droiture véritable paraît irréalisable. J’illustrerai ce fait par une image qui parlera à tout être sensé: la droite ligne séparant l’ombre de la lumière est une section distincte indivisible en sa largeur. Néanmoins, les sens ne peuvent dissocier cette ligne elle-même de ses deux extrêmes. En effet, à ce point où l’ombre jouxte la lumière, les deux se confondent et les sens ne peuvent en appréhender la ligne médiane. Si tu te figures clairement cette image, tu comprendras son analogie avec tous les aspects de l’adoration. Le premier aspect consistant à connaître le Très-Haut en une voie préservant le serviteur d’un excès comme de l’autre: celui de l’affirmation des attributs divins confinant à l’anthropomorphisme; et celui de la négation confinant à la dépossession de Dieu de Dieu de Ses attributs. Ce qui est très délicat. Considère ainsi l’ensemble des objets de la connaissance, la question de la force de l’ire ou du désire, par exemple. Les deux présentent un excès dans le sens du zèle et un excès dans le sens du laxisme, ce qui est également blâmable. Or, la frontière entre les deux consiste en une centralité ne penchant ni pour l’un ni pour l’autre. Percevoir cette centralité est difficile, et l’appliquer plus difficile encore. Il apparaît donc que connaître le chemin droit est extrêmement ardu et que le traduire en action est plus ardu encore. On comprend ainsi pourquoi, selon Ibn ‘Abbâs, il n’est de révélation ayant pesée plus lourd au Prophète que ce verset. L’Envoyé de Dieu a en effet déclaré:  » La sourate Hûd (112) et ses ses pairs m’ont donné des cheveux blancs! » Quelqu’un raconte à ce sujet :  » J’ai vu le Prophète en songe et je lui ai dit: « on rapporte que tu as dit que la sourate Hûd et ses pairs t’ont donné des cheveux blancs. » – « oui, m’a-t-il répondu » –  » Quel verset, ais-je demandé ? » – « Tends à la rectitude comme il te l’a été ordonné, a-t-il conclu. » « 

Commentaire du Coran, Fakhr al-Dîn al-Râzî.

Navire

[…] Arrivé à ce point [de réflexion], tu perçois l’effluve des secrets de Son décret et de Son destin ; et il t’apparaît une parcelle des vérités relatives à Sa Parole : « Nous avons assurément créé toute chose selon une mesure préétablie (qadar). » (54 ; 49). Tu sais alors que l’Existant n’est rien si ce n’est ce qui est Lui, et ce qui est à Lui. Lorsque le navire de ta pensée s’engage dans cette houle, elle ne saurait s’arrêter, quand bien même elle naviguerait à l’infini. Parce qu’un cheminement suppose d’aller d’une chose vers une autre : de quitter une chose pour tendre vers une autre dissemblables. A ce point, tu demeures à l’extérieur du monde de la singularité et de l’unicité. En revanche, si tu parviens à cet isthme situé entre le monde des contingences et le monde de la prééternité, alors les mouvements s’arrêtent à tes yeux, et les repères s’annihilent. Il ne reste en ta pensée que le seul fait qu’Il est Lui. Ô Toi, Lui. Ô Toi en dehors de qui il n’est de Lui, montre-toi bienfaisant envers ce faible et indigent serviteur qui se tient sur Ton parvis… qui se présente à Ta porte !

Commentaire du verset 54:49, de Fakhr al-Dîn al-Râzî.

Verre divin

 

Le verre était si fin,
Comme l’était le vin,
Que les deux se mêlèrent :
Étourdissante affaire !
Lorsque paraissait l’un,
Le second n’était point.
Verre sans vin, vin sans verre !
Un, enfin, sans alter !

 

 

Abû Shihâb Al-Suhrawardî

Lune 3

Plus belle que la lune

Le bienveillant cadi Abû Qâsim nous a rapporté de son père ‘Alî le récit suivant : ‘Isa Ibn Mûsâ al-Hâshimî aimait éperdument son épouse. Un jour, il lui déclara : « Sois répudiée trois fois, si tu n’es pas plus belle que la lune ! » Elle se leva aussitôt, se voilà à son regard et lui dit : « Tu viens de me répudier ! » Il passa une nuit terrible. Au matin, il se rendit à la cour d’al-Mansûr et l’informa de l’histoire. Celui-ci se montra très affligé et fit mander sans tarder les jurisconsultes pour s’enquérir de leur avis juridique. L’ensemble des savants jugea que l’épouse était en effet répudiée, sauf un homme de l’école hanafite qui restait silencieux. Al-Mansûr l’interpela : « Pourquoi ne dis-tu rien ? » L’homme se prononça : « Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Par le figuier et l’olivier ; par le Mont Sinaï et cette cité jouissant de sécurité, Nous avons donné à l’Homme, en le créant, la plus belle conformation. » Ô Commandeur des croyants, l’être humain est donc la plus belle des créatures : rien n’est plus beau que lui. » Le Calife annonça à ‘Isâ Ibn Mûsâ: « Cet homme dit vrai ! Va retrouver ton épouse ! »

Tafsîr (commentaire du Coran) de Qurtubî, Sourate du Figuier.

Figuier

C’est un arbre dont le fruit sort avant même de se parer de fleurs ou de feuilles. La pomme, l’abricot ou les autres [arbres fruitiers] commencent par eux-mêmes. Quant au figuier, il se préoccupe des autres avant de de se préoccuper de soi. L’ensemble des arbres sont ainsi comme les gens œuvrant de manière ordinaire conformément à la parole prophétique : « Commence par toi-même, puis par ta famille à charge. » Le figuier, pour sa part, est comme l’Élu (S) : il commençait par ses semblables, à l’exemple des gens évoqués dans ces termes coraniques élogieux : « Il donne prévalence aux autres sur eux-mêmes, même s’ils sont dans le besoin. » (Coran : 59,9)

Tafsîr (commentaire du Coran) de Râzi, sourate Du Figuier.

Miroir

Miroir

« Par le témoin et l’objet de témoignage. » (Coran : 85,3)
C’est-à-dire : « Par la subtilité parfaite relative au « Je » digne de la réverbération et de la réflexion par laquelle apparaît la beauté du témoin dans le miroir. Le miroir est en effet le support de contemplation de la beauté du Témoin. Et le témoin n’est autre que Dieu, et l’objet du témoignage, le miroir.… Tel est le secret relatif au miroir des fils d’Adam.


Tafsîr (Commentaire du Coran) de Najm al-Dîn Kubra.

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